Ça change tout le temps !

Un billet plus personnel, écrit en langage naturel sur la question « Comment tu fais pour pas capoter ? Ça change tout le temps ! » C’est habituellement accompagné par un ton incrédule-exaspéré-fâché-désemparé. Des fois, il y a un fond de soupir ou de grognement.

J’ai commencé à travailler à l’UQAM en 2005, à contrat. Nouveau climat de travail, relations entre collègues différentes, un nouveau schéma hiérarchique, différents outils, un syndicat, des descriptions de tâches pas mal plus serrées qu’ailleurs où je suis passée. J’ai commencé à travailler aux acquisitions le 1er décembre 2008 et j’étais complètement dépassée. C’est un sentiment devenu familier pour moi qui a tendance à choisir des emplois qui n’ont rien à voir avec ce que j’ai fait à date ou même, des emplois presque inventés. C’est pas mal drôle pour une fille qui faisait des crises de rage et de larmes à chaque petit changement. L’inconnu me faisait capoter.

Tout était nouveau quand je suis arrivée ici, le vocabulaire n’était pas familier, il fallait que j’apprenne à me servir de Manitou, de SFX, de MetaLib en même temps. Les tâches semblaient insurmontables. J’avais beau me dire qu’il fallait que je me donne une chance, que ça prend au moins six mois pour faire le tour de la job et être confortable, je me sentais poche. Quand je suivais mes formations ExLibris sur le web et en télé-conférence, quand Marie-Jeanne et Carolle me parlaient, j’entendais la voix de l’enseignante de Charlie Brown. Quand je lisais la documentation, 它看起來像中國 (ça ressemblait à du chinois) ! De toute évidence, il y a eu du changement de ce côté-là. C’est moi qui parle Charlie Brown maintenant et je ne sais même pas tout ce que je sais !

Une fois que je m’habituais à quelque chose, ça changeait ou autre chose se rajoutait. Plus mon travail devenait familier, plus je me rendais compte de l’ampleur de ce que j’avais à faire. Internet a cessé d’être ma cour arrière pour devenir un univers dans lequel se perdre. Manitou a cédé sa place à Aleph, Primo s’est rajouté. Je vivais dans un tourbillon de bases de données, de périodiques gratuits et payants, de commandes à liquider. Mini-réunions, réunions pour préparer d’autres réunions, demandes d’informations, billets, ateliers, formations…

Je me suis rendue compte que l’électronique, ça change tout le temps !

C’est dur de ne pas être en contrôle de ce qui se passe. ExLibris propose toujours des nouvelles versions et des mises à jour. Les fournisseurs changent ce qu’il y a dans leurs produits, les forfaits négociés changent chaque année, pour cinq minutes on n’a plus accès, un périodique publié depuis des années cesse de paraître, on compte sur un article mais il n’est plus disponible, c’est la fin de session et un fournisseur décide de fermer le site pour toute la journée pour faire de l’entretien…

Quand j’avais 17 ans, j’étais commis à la bibliothèque municipale de Valleyfield. Internet n’existait pas encore pour le commun des mortels, pas de catalogue informatique, tout était sur papier. What you saw was what you got. En entrant dans une bibliothèque, on voyait ce qu’il y avait. Les périodiques dans le fond, les romans en arrière, les livres jeunesse à gauche, les monographies à droite, les tiroirs de fiches au milieu… Maintenant, quand on entre dans une bibliothèque, ce qu’on voit c’est la pointe de l’iceberg. Une très grosse partie du contenu auquel on peut accéder est invisible, en quelque sorte.

L’électronique diffère du papier. Quand on s’abonnait à un périodique, on savait toujours où étaient nos numéros et il venait un temps où il fallait mettre les dernières années à l’annexe qui, elle, ne changeait pas de place non plus. Ce n’est plus le cas.

Les éditeurs cèdent leurs droits à plusieurs fournisseurs ou juste à un seul. Les aggrégateurs tentent de négocier des exclusivités – les prix montent. Les périodiques électroniques changent de main. Un périodique gratuit depuis des années devient payant ou le contraire. Une base de données n’est offerte que par un fournisseur et on doit l’acheter même si on déteste la plateforme parce que c’est le seul fournisseur à offrir l’accès. Les achats et les abonnements sont « activés » dans des « outils – logiciels – interface » inconnus par une technicienne. On dépend de quelqu’un d’autre quand on veut changer quelque chose où que ce soit. Il faut créer des billets et attendre une réponse. Les outils ne sont plus faits maison, à notre goût. On n’a plus le contrôle qu’on avait.

Un autre exemple de l’accélération des changements technologiques dans nos vies :  la musique!  Avant, on se rendait chez le disquaire et on achetait notre disque. Ensuite, il y a eu les cassettes – Sony vient de fermer la chaîne de montage qui produisait son fameux Walkman – ensuite, les disques compacts.  Maintenant, les fichiers téléchargeables, directement sur notre lecteur MP3.  iTunes a mis des siècles à négocier avec Apple la revente du catalogue des Beatles . Même si le fichier électronique de la chanson Yesterday était disponible, on ne pouvait pas l’acheter sur iTunes.  Il fallait attendre. Ben fatiguant. Mais aujourd’hui, la toune est à 1,20$, l’album blanc à 20$, presque le même prix que l’album double paru il y a 30 ans…  Et croyez-moi les Beatles font de l’argent pareil!

On est aux prises avec les mêmes objectifs dans l’édition électronique :  rentabiliser les catalogues, faire plus de fric avec les mêmes titres.  Que ça soit des changements de plateformes, d’éditeurs, de nouveaux abonnements, des fournisseurs qui n’offrent pas de statistiques ou qui ne savent pas de quoi je parle, des PDFs qui ne sont pas au bon endroit sur un site, des mauvaises traductions de l’anglais au français, un fournisseur qui n’envoie pas les bonnes informations à ExLibris, ExLibris qui me dit non quand il faut que ça soit oui, ExLibris qui change de politique et que ça quadruple le travail que j’ai à faire, j’apprends tous les jours – c’est un éternel recommencement , à :

  • Accepter que la constante, c’est que ça change!
  • Accepter de n’avoir qu’une petite partie du contrôle;
  • Demander ce que je veux, l’expliquer en long et en large et insister;
  • Signaler les erreurs le plus rigoureusement possible;
  • Accepter que rien n’est parfait pour longtemps…même si j’essaie.

Oui, « ça » change tout le temps. Ça bouge et j’aime ça. J’ai appris à surfer sur la vague !🙂

6 réflexions au sujet de « Ça change tout le temps ! »

  1. Il semble que le monde des bibliothèques n’ai pas changé en 2000 ans d’histoire mais que nous vivons la « révolution » depuis 15 ans… Là où internet s’est installé, là où il y a de la richesse et des moyens, là où TOUT va vite. Trop vite, tellement vite qu’on est confortable aujourd’hui et dépassé demain.
    Je pense à mes cours de dactylo du cégep où je piochais fort sur le clavier. Aux fiches à compléter en 7 exemplaires (minimum) pour garnir un fichier à tiroir, aux répertoires volomineux pour trouver un seul article « potable » de périodique traitant du sujet de mon étude, aux stéréotypes du milieu documentaire de calme, quiétude, lenteur, douceur d’un milieu de recherche, de lecture, de rédaction, contemplatif, relaxant, …
    Je pense à ma grand-mère qui n’a jamais compris ce que je pouvais bien faire dans la vie sinon lire 35 heures/semaine dans « ma » bibliothèque universitaire. Je pense à Star Wars, supposément futuriste, qui nous montre une bibliothécaire à chignon blanc devant un « globe » de savoir (type boule de crystal)… Stéréotype quand tu me tiens!
    Je pense à nous tous qui devons nous ajuster jour après jour, mais qui devons aussi ne pas sembler éprouver d’ennuis devant la clientèle perdue en conjecture de toute sorte! Stoïque de l’extérieur mais souvent démunie devant l’infiniment impalpable. Quand tout fonctionne comme prévu, on est tellement contente et fière de notre travail collectif! Mais autrement, on se sent si impuissant.
    Comme tu le dis, ça change trop vite… tout le temps… des ramifications incroyables…
    Parfois je me dis que l’on doit « perdre » de l’information à trop en avoir…
    Parfois je me dis que l’on doit prendre du recul sur les avancées technologiques parce que le bonheur ne passe pas par là, sinon nous serions « bouillants » de bonheur à l’UQAM, au Québec, en Amérique, dans les pays où tout va vite, trop vite.
    Parfois je me dis que l’on est vraiment HOT quand on estime positivement le travail de nos collègues et que l’on réalise tout ce qu’ils font pour que ça marche! Synergie!
    Parfois j’ose croire que les étudiants, professeurs, chercheurs doivent le voir à quel point ça nous tient à coeur.
    Chapeau Kathlyn et merci pour ce blog.

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